Fem-fiction

Les différents mouvements féministes ont, bien plus qu’on ne pourrait le croire, beaucoup à retirer d’une étude approfondie de ce qui fait une fiction. Si la première vague reconnue, celle des années 1910, était principalement législative, et la seconde sociologique, entraînée par le M.L.F. et les publications de Questions féministes, leurs revendications s’appuyaient néanmoins sur une théorie de la fiction, non manifeste, mais encore latente. Comme tout mouvement politique, le féminisme a ses réalisations fictionnelles : des romans de George Sand ou de Virgina Woolf, régulièrement étudiés par les gender studies, aux dystopies de Margaret Atwood, très lue aujourd’hui, le féminisme se traduit non seulement par des romans, mais également par les représentations de mondes possibles.

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Faut-il être inscrit dans une communauté scientifique pour être scientifique ?

La récente polémique qui a eu lieu sur twitter entre le vidéaste Mandax de la chaîne zététicienne La Tronche en biais et la blogueuse féministe Valérie de Crepegeorgette m’a encouragée à écrire un article prévu de longue date, article qui vise à démontrer la révolution épistémologique opérée par le féminisme et en particulier par le féminisme matérialiste de Christine Delphy. Il me faut cependant reconnaître que le débat ne questionnait pas les apports épistémologiques de Delphy : il portait sur la scientificité de ses travaux, alors qu’elle est directrice de recherche au CNRS. Autrement dit : les ouvrages et les études de Christine Delphy peuvent-ils être considérés comme scientifiques alors qu’ils ne sont pas tous des articles (mais beaucoup en sont des recueils) et qu’ils n’ont pas été validés par la pratique du peer-to-peer ? Lire la suite

Le féminisme est une révolution épistémologique

Ce n’est pas compter les coups qui est difficile, c’est penser que les femmes sont du monde qui compte.

(« Violences contre les femmes », [1997], in Un universalisme si particulier, 2010, p. 217)

Il est courant d’opposer militantisme et recherche scientifique. Ces deux champs de l’activité humaine s’excluraient ainsi mutuellement : une démarche scientifique serait neutre, et donc a-partisane, quand le militantisme, idéologique par définition, serait un point de vue fondamentalement a-scientifique, voire anti-scientifique. Une telle affirmation repose explicitement sur une croyance en une neutralité de la science, croyance qui en est bien une, et qui ne repose sur aucun fondement bien sérieux. Si le positivisme et le scientisme ont particulièrement répandu ces vœux pieux, ils n’en ont pas moins été exempts de critiques dès leur apparition au XIXe siècle, notamment chez Feyerabend. Mais c’est le féminisme dit de la seconde vague qui, dans les années 1970, étend et entérine la mort de la neutralité de la science : le féminisme a voulu et opéré une révolution épistémologique majeure, que l’on peut, pour le cas de la France, retracer rapidement dans les travaux de la scientifique féministe Christine Delphy. Lire la suite

D’auteur et d’humilité dans les sciences

Les réflexions menées ces derniers jours sur l’auctorialité dans le jeu vidéo m’ont conduite à questionner plus largement le statut de l’auteur, mort ou pas. Des retours – pas si nombreux, quand on écarte les demandes d’éclaircissements – et réactions qui ont été laissés sur ma page, j’ai pu me rendre compte qu’il fallait toujours plus d’humilité quand, malgré toutes mes volontés de clarté, on me prête l’inverse de ce que j’ai voulu dire. Lire la suite