L’air et les métaphores

D’un peu d’air par la fenêtre, et de vieilles réflexions qui se ramènent, comme les idées entrant dans la chambre de Dario Argento quand, au petit matin, il ouvre les croisées dans une ville italienne. C’est le moment où je me demande si j’ai une âme, et où elle peut bien être – celui où le corps des statues semble frémir, et les métaphores s’agiter. Lire la suite

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La chance du présent

Toujours les conversations avec Pierre-Élie, mais un autre axe: savoir si notre époque est créative, et où, et de quelle façon, et de comment ces choses seront vues, et comment nous nous y inscrivons. J’ai la tendance, certainement irritante, de répondre à toutes les questions qui me semblent théoriques et difficiles par le même slogan: plus d’action, moins de question ou, pour ce qui est de la littérature, de la production plus que de la pensée. Ce n’est, littérairement et généralement pas ce que je crois – mais je suis de peu de foi. Lire la suite

Visages villages, et la mort des figures

La discussion avec Pierre-Élie ne cesse, preuve qu’elle achoppe: j’en viens à me demander si, au-delà de la question littéraire, ce n’est pas autour de la question de la figure, voire de l’intellectuel qu’elle débouche – la mort hier de Genette n’y est pas pour rien. C’est que, peut-être, la question ne se pose pas tant entre école et créativité des marges – il y aurait de la créativité littéraire aujourd’hui, il faut la rechercher, avoir un regard plus généreux, et produire soi-même – mais entre figure et groupe – et là, la question se fait politique. Il est de plus en plus banal de voir, après la fin théorique de l’auteur, celle, médiatique, de l’intellectuel: la chose est certainement, pour une bonne part, liée à la spécialisation de l’université, à la soumission aux critères d’excellence en mots-clefs comme à la réduction générale des thèses de sciences humaines – depuis la fin de la thèse d’état jusqu’au raccourcissement en contrat doctoral aterisé et alourdi de la nécessité d’enrichir son C.V. D’autres choses me semblent importantes dans la mort des figures, des grandes figures – des héros/héraults de la pensée. Lire la suite

Pour Pierre-Élie

Une réponse à Pierre-Élie, qui m’a écrit ici.

Mon cher Pierre-Élie,

Je suis très heureuse que nous ayons tant discuté du projet de litté-vidéo que je tente, timidement, de lancer maintenant. Je suis sincèrement très contente d’avoir réussi à te convaincre sur la longueur de ces vidéos – et la prochaine dépassera, d’un cheveu, les trente minutes ! –, comme de mon refus du montage, autant pratique que théorique. Je vais essayer d’améliorer le cadrage, quelques éléments ça et là – sans trop remettre en question mon parti-pris de vidéos assez brutes, par manque de temps comme par volonté d’entrer, directement et sans les artifices de la vidéo, dans la grande conversation que doit enclencher la littérature – quels qu’en soient les supports, et les moments, ici comme ailleurs. Les « effets », comme tu dis, c’est pour d’autres vidéos, celles qui sont des fictions, des défis, quelque chose qui essaie de tendre, avec peine, vers quelque chose de cinématographique. Cette fois, c’est youtube qui m’intéresse, en tant que plateforme, mais surtout comme réseau social, pour tenter de créer cette communauté – de happy few ? – que je sais que tu désires au moins autant que moi. Et tu n’imagines pas la peine que me fait ton aveu, pour cette lettre que tu qualifies toi-même « de douleur »… Lire la suite

Stylistique de l’écriture viriliste

L’idée d’un genre de l’écriture, masculin féminin, n’est pas chose neuve: le style des auteurs permettrait de révéler leur genre, une certaine douceur et une mollesse – toutes relatives – placeraient Renan du côté des prêtres efféminés, quand d’autres caractéristiques, comme l’attention au détail, permettrait de ranger les textes de femmes sans trop d’inconvénient. Les thèses d’Hélène Cixous, entre autres, sur ce sujet me paraissent essentialistes, en plus de se consacrer seulement aux femmes: je suis bien plus sensible, en tant que lectrice, à ce qui me semble être non une écriture masculine, mais une volonté de virilisme. Lire la suite