Filles de trottoir

Longtemps j’ai voulu éviter les heurts. Sur les trottoirs, alors que la foule me bousculait, je m’excusais d’avoir été poussée: ma présence se faisait spectrale, ma marche acrobatique, et je revenais parfois à un équilibre précaire. Les déambulations me rappelaient quelque chose d’une inexistence, car je voyais bien que l’on ne me voyait pas, et que j’étais décidément fille de vitrière. La lecture me montra ce qu’avait de collectif cette répartition du trottoir, et de systématique la descente aux caniveaux de celles à qui l’on racontait qu’elles étaient les grandes bénéficiaires d’une générale galanterie. Lire la suite

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Le grand Oracle

Premier jour. Les préparatifs furent harassants et collapsiques. Quelques expédients mis de côté mais oubliés: il me faudra trouver de quoi me ravitailler sur la route, par un troc quelconque. Le grand oracle ne peut plus attendre: mes deux sacs sur les épaules, je franchis le seuil et j’entreprends la longue descente des sept ciels. Je parviens à éviter la zone des longs bavardages: ma mission doit rester secrète. Lire la suite

L’air et les métaphores

D’un peu d’air par la fenêtre, et de vieilles réflexions qui se ramènent, comme les idées entrant dans la chambre de Dario Argento quand, au petit matin, il ouvre les croisées dans une ville italienne. C’est le moment où je me demande si j’ai une âme, et où elle peut bien être – celui où le corps des statues semble frémir, et les métaphores s’agiter. Lire la suite

La chance du présent

Toujours les conversations avec Pierre-Élie, mais un autre axe: savoir si notre époque est créative, et où, et de quelle façon, et de comment ces choses seront vues, et comment nous nous y inscrivons. J’ai la tendance, certainement irritante, de répondre à toutes les questions qui me semblent théoriques et difficiles par le même slogan: plus d’action, moins de question ou, pour ce qui est de la littérature, de la production plus que de la pensée. Ce n’est, littérairement et généralement pas ce que je crois – mais je suis de peu de foi. Lire la suite

Visages villages, et la mort des figures

La discussion avec Pierre-Élie ne cesse, preuve qu’elle achoppe: j’en viens à me demander si, au-delà de la question littéraire, ce n’est pas autour de la question de la figure, voire de l’intellectuel qu’elle débouche – la mort hier de Genette n’y est pas pour rien. C’est que, peut-être, la question ne se pose pas tant entre école et créativité des marges – il y aurait de la créativité littéraire aujourd’hui, il faut la rechercher, avoir un regard plus généreux, et produire soi-même – mais entre figure et groupe – et là, la question se fait politique. Il est de plus en plus banal de voir, après la fin théorique de l’auteur, celle, médiatique, de l’intellectuel: la chose est certainement, pour une bonne part, liée à la spécialisation de l’université, à la soumission aux critères d’excellence en mots-clefs comme à la réduction générale des thèses de sciences humaines – depuis la fin de la thèse d’état jusqu’au raccourcissement en contrat doctoral aterisé et alourdi de la nécessité d’enrichir son C.V. D’autres choses me semblent importantes dans la mort des figures, des grandes figures – des héros/héraults de la pensée. Lire la suite