Ces minorités qui comptent.

On parle, bien souvent, des populations minoritaires, souvent pour désigner les forçats des confins des villes, les damnées des cuisines ou les relégués de toutes sortes. La qualification semble évidente: on voit que des noirs, des arabes, des femmes (de toutes origines), il y en a peu quand on parle de pouvoir, quand on regarde la télévision ou quand on lit les journées: c’est qu’ils et elles sont peu, si ce n’est peu de chose. Lire la suite

Mes sœurs.

« Il m’est bien souvent arrivé, mes sœurs, de rester le soir dans la cuisine éteinte, à regarder la nuit engloutir les marmites sales, en espérant les voir se dissoudre dans l’obscurité. L’or qui disparaissait à travers les persiennes me rappelait, presque chaque soir, la fin de chaque journée, et la profondeur des nuits à domicile – et je rêvais de faire de ma cuisine un royaume, ni sale, ni immaculé, mais impénétrable et périlleux. De temps à autre une corneille vaquait sur le toit au-dessus de ma fenêtre, comme pour me rappeler qu’il me fallait ordonner des lieux qui ne m’appartenaient pas.

Alors, une casserole après l’autre, soulevée écumante, c’est dans les débordements, couvrant les affpops venus du salon, que je m’esquissais un royaume, non d’espace mais de temps, volé à l’assignation quotidienne. »

Des femmes et des fantômes.

Je tourne autour de l’idée des fantômes depuis plusieurs mois – elle commence à me hanter. C’est que les fantômes me semblent à la fois une métaphore et une ontologie, une figure et une réalité. Ce n’est pas que je sois adepte de spiritisme, de tables tournantes ou de planchers grinçants. C’est plutôt que les fantômes disent quelque chose des silhouettes des ombres et des silences – et souvent, des femmes. Lire la suite