De ce que les jeux vidéo apportent à la littérature

Les jeux vidéo sont maintenant ancrés dans le quotidien des pays riches. Ils ne constituent plus une nouveauté quelque peu exotique qui remplace le bridge ou le rami, mais un pan essentiel du quotidien, au point d’avoir entraîné l’apparition de leur science, encore émergente: les game studies. Les jeux vidéo ont aujourd’hui leurs scientifiques et leurs spécialistes, comme leurs événements universitaires: à partir du travail des équipes de développement et de nombreux défricheurs, la façon dont un jeu se joue et se construit, pose des questions et suscite des études. Lire la suite

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Interpréter, est-ce jouer ?

La gamification du monde va son train ; je la vois également dans le champ scientifique, universitaire ou pris dans un sens plus large. L’idée qu’interpréter un jeu, vidéo, jeu de rôle, ou une œuvre, littéraire ou cinématographique, serait soi-même jouer m’étonne un peu. Alors, interpréter, est-ce jouer ? Penser, réfléchir à une œuvre d’art (et je prends l’expression dans son extension la plus large), cela revient-il à pratiquer une activité ludique ?

Plusieurs choses peuvent en effet conduire à voir dans l’activité herméneutique un jeu: elle est plaisante, et son plaisir, potentiellement croissant, peut se confondre avec celui du moment ludique. Surtout, l’interprétation scientifique obéit à un certain nombre de règles, qui peuvent très bien être comprises comme des consignes de jeu: se dessine ainsi un espace interprétatif, correspondant à l’arène virtuelle ouverte par le jeu. La base même du jeu, la fiction lancée sur le mode du « et si ? » peut être une hypothèse scientifique, ensuite soumise à vérifications. Il est d’ailleurs possible, quoique la chose devienne plus compliquée d’imaginer une interprétation construite en collectivité – quand le jeu peut se pratiquer seul·e. Il est en outre tout aussi envisageable de ne pas tenir compte des enjeux carriéristes — nul besoin d’être de la profession pour interpréter, et le jeu se dispute de son côté à de très hauts niveaux de compétition. Lire la suite

D’écrire, et de parler

Quelques échanges en ligne et hors-ligne m’amènent à mettre par écrit des réflexions de longue date. Il m’a longtemps été difficile de comprendre ce qui faisait une relation amicale, ou même les légères conversations que les Anglo-saxons appellent le small talk ; je ne comprenais pas l’intérêt de parler de la météo – il s’agit, en fait, d’éviter de parler de politique. La conversation est un art particulièrement délicat, et la plupart de ses tentatives sont des échecs plus ou moins avoués ; nombre d’entre nous peuvent être convaincus de l’incommunicabilité de toute chose devant ces périls renouvelés. La conscience des biais sexistes, comme le manterrupting, l’identification assez claire de ce qui fait une mauvaise conversation – celle où l’on n’échange pas, mais où il s’agit de dominer son interlocuteur – ou l’attention que j’aime porter aux dialogues littéraires peuvent rendre intimidante l’entrée en conversation – comme son entretien. Lire la suite

D’auteur et d’humilité dans les sciences

Les réflexions menées ces derniers jours sur l’auctorialité dans le jeu vidéo m’ont conduite à questionner plus largement le statut de l’auteur, mort ou pas. Des retours – pas si nombreux, quand on écarte les demandes d’éclaircissements – et réactions qui ont été laissés sur ma page, j’ai pu me rendre compte qu’il fallait toujours plus d’humilité quand, malgré toutes mes volontés de clarté, on me prête l’inverse de ce que j’ai voulu dire. Lire la suite