De ce que les jeux vidéo apportent à la littérature

Les jeux vidéo sont maintenant ancrés dans le quotidien des pays riches. Ils ne constituent plus une nouveauté quelque peu exotique qui remplace le bridge ou le rami, mais un pan essentiel du quotidien, au point d’avoir entraîné l’apparition de leur science, encore émergente: les game studies. Les jeux vidéo ont aujourd’hui leurs scientifiques et leurs spécialistes, comme leurs événements universitaires: à partir du travail des équipes de développement et de nombreux défricheurs, la façon dont un jeu se joue et se construit, pose des questions et suscite des études. Lire la suite

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Le goût du citron

C’était une angoisse terrible, réveillée doucement à chaque bonbon Kremala. Comment pouvais-je savoir que le goût que j’avais en bouche, et que l’on m’avait présenté comme celui du citron, correspondait aux sensations que mes camarades ou mes parents pouvaient eux-mêmes ressentir ? Lire la suite

Une féministe chez les Renaniens

Quand j’ai débuté ma thèse, j’étais déjà féministe convaincue depuis plusieurs années – les choses ont été lentes, de la lecture du Deuxième Sexe à quatorze ans, sans bien comprendre les implications politiques que le livre de Beauvoir pouvait avoir dans ma vie, à la lecture assidue de blogs à la fin de ma licence et pendant mes années de Master et, surtout, d’agrégation. Je pense avoir passé, depuis la découverte de la blogosphère, entre une heure et quatre heures quotidiennes à la lecture de textes féministes, en ligne ou sur papier. Ces lectures compulsives font que j’ai une vision plutôt intellectuelle du féminisme: je m’intéresse de plus en plus à l’histoire du féminisme, à ses différents courants comme, plus généralement, à l’histoire des femmes.

Il peut donc être surprenant de me voir, avec une telle implication politique et intellectuelle, choisir une voie doctorale si peu féministe: Ernest Renan, certes penseur de la nation et chantre de la Troisième République, mais aussi (j’y reviendrai) parfait représentant d’une certaine misogynie très XIXe siècle, et toujours présente. Il n’a jamais écrit de traité sur les femmes, il n’a pas, comme Hugo, milité pour elles, et un examen plus avancé montre qu’il a même pu s’approprier le travail des femmes de son entourage, comme sa sœur, Henriette Renan, ou sa femme Cornélie. J’ai même sciemment choisi une thèse qui ne soit ni féministe, ni inscrite dans les gender studies.  Lire la suite

Interpréter, est-ce jouer ?

La gamification du monde va son train ; je la vois également dans le champ scientifique, universitaire ou pris dans un sens plus large. L’idée qu’interpréter un jeu, vidéo, jeu de rôle, ou une œuvre, littéraire ou cinématographique, serait soi-même jouer m’étonne un peu. Alors, interpréter, est-ce jouer ? Penser, réfléchir à une œuvre d’art (et je prends l’expression dans son extension la plus large), cela revient-il à pratiquer une activité ludique ?

Plusieurs choses peuvent en effet conduire à voir dans l’activité herméneutique un jeu: elle est plaisante, et son plaisir, potentiellement croissant, peut se confondre avec celui du moment ludique. Surtout, l’interprétation scientifique obéit à un certain nombre de règles, qui peuvent très bien être comprises comme des consignes de jeu: se dessine ainsi un espace interprétatif, correspondant à l’arène virtuelle ouverte par le jeu. La base même du jeu, la fiction lancée sur le mode du « et si ? » peut être une hypothèse scientifique, ensuite soumise à vérifications. Il est d’ailleurs possible, quoique la chose devienne plus compliquée d’imaginer une interprétation construite en collectivité – quand le jeu peut se pratiquer seul·e. Il est en outre tout aussi envisageable de ne pas tenir compte des enjeux carriéristes — nul besoin d’être de la profession pour interpréter, et le jeu se dispute de son côté à de très hauts niveaux de compétition. Lire la suite

Petit éloge du found footage ou l’école du spectateur

Alors qu’il est souvent décrié, un genre cinématographique me retient régulièrement, grâce aux discussions que j’ai avec mon compagnon, qui me l’a fait découvrir, et à l’émission à laquelle il participe: le found footage. Le genre n’a pas bonne réputation: il s’agit en effet le plus souvent d’un sous-genre du cinéma de genre horrifique. Alors que le found footage désigne en premier lieu le réemploi (le montage) de films déjà existants, souvent extraits d’archives, c’est en tant que genre narratif reposant sur une illusion de réalité qu’il est principalement connu aujourd’hui. Un found footage est un film de fiction qui joue sur l’illusion de véracité pour donner l’impression qu’il n’est pas une fiction, et donc qu’il est réel. Lire la suite