Du féminisme à Rochefort

L’arrivée récente des films de Jacques Demy sur Netflix (et ceux d’Agnès Varda sur Amazon Prime) ont mis sa filmographie sur les listes des films à (re)voir; la mort, ce 19 mai 2020, de la mort de Michel Piccoli rappelle son premier rôle chez Demy (avant Une chambre en ville, en 1982), dans lequel il jouait le rôle du mal aimé Simon Dame. La légèreté de cette comédie musicale française à l’américaine en a fait un film de référence, dont le cinquantenaire a été célébré à guichets fermés en 2017, et qui est régulièrement mis en scène depuis. Ce succès entêtant est souvent limité à ses couleurs pastels et ses chorégraphies urbaines, rapidement ramenées à une certaine mièvrerie – autrement dit, à ce qui n’est même pas un film de genre: un film de (bonnes) femmes. La condamnation est cependant rapide, et abrupte: c’est celle du féminisme des Demoiselles de Rochefort (1967) de Jacques Demy qu’il s’agit d’interroger maintenant. Lire la suite

De la société du contrat

Il est courant d’entendre que les féministes, en conduisant à l’américanisation puritaine de la société et des ascenseurs, nous amèneraient toutes et tous à bientôt devoir signer des contrats avant d’avoir des relations – généralement avant de regretter une judiciarisation de la même société et des relations intersubjectives. Le reproche est, pour ce qui est des supposés contrats sexuels, parfaitement infondé: de tels documents auraient, au contraire, pour effet d’empêcher les femmes (et n’importe qui d’autre) de se rétracter en cas de changement d’envie, de scénarios ou d’attitude de l’un ou de l’autre – c’est d’ailleurs toujours une idée d’homme, ou de femme voulant protéger leurs fils.

La crainte d’une contractualisation du monde et des relations, notamment amoureuses, accompagne un nouvel âge du capitalisme, fondé sur une marchandisation de nouveaux pans du vivant – je pense, entre autres choses, à l’appropriation marchande des espèces et des génomes par le dépôt massif de brevets. Ce rapprochement est cependant rarement fait, et il est des plus illégitimes: votre petite amie n’a que peu de chances de bénéficier de la puissance économique ou de l’armée d’avocats de Monsanto. Lire la suite

On se lève.

La récente sortie d’Adèle Haenel a été considérée comme un choc, une image iconique, tour à tour célébrée et vilipendée, commentée comme critiquée, de tribune en commentaire. « On se lève et on se barre », a proclamé Virginie Despentes, et la discussion finit par porter sur la parité et l’occupation des espaces sexistes (c’est-à-dire: le monde), ou d’une non-mixité salvatrice rassurante (les safe spaces, l’entreprenariat au féminin, peut-être finalement la création de nouveaux marchés concurrentiels). Lire la suite

Ces minorités qui comptent.

On parle, bien souvent, des populations minoritaires, souvent pour désigner les forçats des confins des villes, les damnées des cuisines ou les relégués de toutes sortes. La qualification semble évidente: on voit que des noirs, des arabes, des femmes (de toutes origines), il y en a peu quand on parle de pouvoir, quand on regarde la télévision ou quand on lit les journées: c’est qu’ils et elles sont peu, si ce n’est peu de chose. Lire la suite