Les contes de fées sont-ils écrits pour les fées ?

Une de mes étudiantes a, dans une copie, considéré que Le Rouge et le Noir était un roman populaire, puisqu’il mettait en scène un ouvrier, Julien Sorel. Malicieusement, je me suis plu à écrire en marge cette boutade: les contes de fées sont-ils écrits pour les fées?

La remarque, si elle se voulait taquine, mérite peut-être d’être interrogée. Elle renoue en effet avec des questions à la fois actuelles et traditionnelles, notamment la question de la représentation des minorités et de l’identification du lectorat avec le personnage. Lire la suite

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La réalité. C’est la peur allée. Avec le sommeil.

Les cris d’effroi et les étonnements devant les questions posées à Virginie Ettel, partie civile contre Georges Tron, par le président de la cour Régis Jorna, ont pu mener à des commentaires divers – ces questions étaient-elles déplacées, utiles, le ton convenable et adapté, la culotte bien placée, et tout cela ne serait-il pas, finalement, normal. Après tout, Georges Tron est un Monsieur si respectable ! Et il y aurait des confusions dans les dates.

Cette stupéfaction me laisse assez pantoise. Qui doute réellement du parcours scandaleux et humiliant des victimes de viol quand, par une série de miracles et d’acharnements, elles finissent par avoir le droit – le droit ne devrait-il pas être juste ? – de finir par témoigner aux assises ? Lire la suite

Je suis d’éther.

Quelque chose qui se balance et me ballote, à flots doux, à mots roux. Je regarde le plafond, plus si blanc, l’ombre de mon ombre dans la peinture acrylique.

Quelques chagrins qui vont et qui viennent, un autre reflux, même si je sais que la douleur se partage et nourrit les colères. J’en reste là, toujours allongée, toujours remuée, un vague à l’âme qui devient une idée que je ne veux pas parler; un mal à l’âme qu’il faut calibrer, dont il faut ressentir les contours anguleux, une peine qui ne passe pas. Lire la suite

Nous sommes tou·te·s des romanticistes

La dénonciation de quelque discrimination que ce soit, sexiste, raciste ou classiste, conduit en général au spectacle stupéfiant d’éditos convulsifs, d’épilepsie télévisuelles et de chroniques outrancières. C’est que, voyez-vous, questionner seulement la dimension idéologique ou morale de l’art reviendrait, in fine, à le tuer. Le mythe de l’artiste ou de l’auteur ne souffrirait aucune de ces contingences bassement sociales: après tout, il semblerait que l’art ne soit pas fait pour être vu, lu, contemplé et partagé par un public, bien souvent plus divers que ne le laisse penser la simple notion de lecteur idéal que l’on trouve théorisé chez Umberto Eco.

C’est que le public remue, râle, s’organise et finit par produire ses propres fictions, au grand dam des au-teurs; c’est que les profs s’organisent pour refuser la grammaire sexiste et ouvrir le système des accords; c’est qu’on n’attend pas l’Académie pour pratiquer la langue, si possible inclusive. Les débats récents sur l’écriture inclusive, volontairement mal comprise et caricaturée, ont mis au jour la peur d’une remise en question d’un patrimoine (jamais d’un matrimoine), qui fonderait le socle d’un territoire et d’un roman national. C’est en réécrivant la fable Le Corbeau et le Renard de La Fontaine qu’on a voulu montrer que les féministes déformaient le passé et l’héritage français ! La Fontaine, considéré comme l’Homère français, n’a pas été un choix fait au hasard. Lire la suite

Dénoncer le sexisme, est-ce tuer l’art ?

Dénoncer les dénonciations de sexisme en art devient une réaction courante, épidermique, depuis les manifestations accompagnant les sorties de Woody Allen ou de Roman Polanski, à l’étude des représentations sexistes au cinéma, nouvellement représentées par l’appel « Balance ton film », jusqu’aux appels à balayer les discriminations dont les femmes sont victimes dans le monde du cinéma. L’étude même des représentations peut se trouver critiquée par ceux et celles qui en sont les professionnel·le·s, comme Laura Kipnis, professeure de cinéma féministe. C’est alors la menace de la censure et du puritanisme qui pèserait sur l’art, la fabrique de l’œuvre et les grands génies, bien souvent aussi des grands hommes, qui se trouve agitée comme un chiffon rouge bien commode – exactement comme #Metoo est accusé d’encourager la délation.

Réduire la question du sexisme au cinéma et, plus généralement, en art, à une question de morale et de censure me semble d’une monumentale mauvaise foi; il s’agit en outre d’une grande réduction d’une question essentielle, celle de l’art, de ses représentations et de son public. La question est d’abord, et avant tout, artistique. Lire la suite