Des lunettes noires à la supérette

C’était cet après-midi, un saut rapide dans un casino sans tapis rouge ni vert, juste de quoi récupérer ce qu’il me faut pour survivre en pâtes, madeleines et jus d’ananas. Le départ sous une pluie menaçante, mais repoussée par quelques augures joueurs, ne s’était pas trop mal déroulé: l’ascenseur, après ces deux mois de grève, était reparti cahin-caha, je n’avais pas oublié la poubelle ni ma carte de fidélité.

Lors d’un moment de perplexité étrange – que sont ces appareils ? des épilateurs, forme réinventée pour un patriarcat renouvelé – que j’entendis grommeler, grogner, râler dans mon dos – quelque chose comme l’annonce d’une scène de cannibalisme, ou l’annonce d’une résiliation de forfait téléphonique. Lire la suite

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À Rochefort, on découpe des demoiselles

J’ai déjà aimé parler d’un des films que j’ai le plus vus, Les Demoiselles de Rochefort, et de son fabuleux art de la transition, que l’on retrouve dans tous les films de Demy: la semaine des Chemins de la philosophie, émission animée par Adèle van Reeth, me donne envie de revenir sur un thème important, quoiqu’occulté, du film: le féminicide. Le film n’est en effet pas si léger que la musique et les couleurs de la ville le laissent croire: si le crime se fait à la légère, il apparaît bien qu’à Rochefort, on découpe des demoiselles. Lire la suite

Quelques conseils aux potos et aux alliés

La période un peu difficile que je traverse en ce moment – chargée, comme souvent dans ce genre de moments, de travail et d’émotions – m’amène à réfléchir à quelques difficultés que je peux rencontrer dans l’élaboration de projets, et plus largement au soutien que je reçois – ou pas. Je me rends compte que ce soutien – ou son absence – suit une ligne généralement genrée, peut-être dû au fait que je suis une femme qui a le plus souvent affaire à des hommes, peut-être à de simples hasards relationnels. Quoi qu’il en soit, cette ligne de genre n’empêche pas de recevoir quelques conseils que j’espère bons, ou qui du moins me feraient du bien, si je les voyais appliqués. Lire la suite

Et la science ?

J’ai récemment eu la chance de pouvoir parler de féminisme avec un historien des sciences que j’admire  – double chance, donc. Une de ses questions m’a particulièrement interpelée : et la science ? Autrement dit, que peut donc apporter le féminisme à la science ?

Il serait facile de rappeler que le féminisme est politique avant d’être scientifique – et que le développement d’une science féminisme, ou au moins de gender studies, a une portée politique. Je crois néanmoins que l’on peut souligner quelques-uns des nombreux apports du féminisme à la science – ou plutôt, aux sciences.  Lire la suite

Stylistique de l’écriture viriliste

L’idée d’un genre de l’écriture, masculin féminin, n’est pas chose neuve: le style des auteurs permettrait de révéler leur genre, une certaine douceur et une mollesse – toutes relatives – placeraient Renan du côté des prêtres efféminés, quand d’autres caractéristiques, comme l’attention au détail, permettrait de ranger les textes de femmes sans trop d’inconvénient. Les thèses d’Hélène Cixous, entre autres, sur ce sujet me paraissent essentialistes, en plus de se consacrer seulement aux femmes: je suis bien plus sensible, en tant que lectrice, à ce qui me semble être non une écriture masculine, mais une volonté de virilisme. Lire la suite