Pop phil(i)o

C’est peut-être parce qu’elle a l’air idiotement drôle, mais la chanson de Lio et Jacky, Tétéou (1985, on s’en doute à la palette chromatique et au tempo) révèle quelque chose de l’impossibilité d’une enquête philosophique au féminin – ou, comme l’écrit Christine Delphy dans la préface de Classer/dominer, de l’oubli du collectif dans l’élaboration du cogito cartésien. Chanson du sujet impossible, Tétéou peut répéter l’interrogation fondamentale de la reconstruction d’un sujet dissocié et abîmé, par la parodie évidente du film noir: l’enquête appelle enquêteur, jeux de mots sylleptiques dès l’ouverture (on n’oublie ni les paroles, ni la parodie), narration, au passé de l’enquêteur – qu’il est loin, le sujet féminin – de l’enquête, entrecoupée des dialogues (au discours direct: le film se retrouve par l’entrecroisement des scènes et de la voix off). La tentative de reconstruction trouve sa cause: les « grandes nuits qui finiiiiiissent dans de petits mouchoirs », soulignée par un jeu d’antithèses aussi pathétique que prosaïque. C’est ainsi la vie qui rattrape et exclut le sujet féminin de la philosophie classique, et ne le renvoie aux confins de la parodie pop.

Bon, j’avais pas envie de bosser: ce matin, c’était café dansant…

 

Laisse rouler les filles

C’est peut-être l’apparition de la musique de fin qui fournirait une des portes d’entrée – ou de sortie – de Death proof, ou Boulevard de la mort (2007). Après les multiples carambolages qui signent l’inscription dans le genre du film de courses-poursuites, et le tabassage de Stuntman Mike, le chauffeur psychopathe carambolant les jeunes filles qu’il croise sur la route, c’est une musique enjouée qui se lance: une reprise, en plus punchy, du vieux tube de France Gall, « Laisse tomber les filles ».

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L’horreur-Mouffe

C’est peu dire qu’Agnès Varda s’est frottée à la plupart des genres cinématographiques, jusqu’à la comédie musicale avec L’Une chante, l’autre pas (1977). Pourtant, un semble absent de sa filmographie : l’horreur, pourtant grand succès populaire de ses débuts, dans les années 1950, à sa mort, en 2019, il y aura bientôt une semaine. Est-ce si sûr ? Il est temps de revoir L’Opéra-Mouffe (1958). Lire la suite

Le bonheur

Elle était là, avec une icône autant transformée par le film que par les ans, quelque chose en plus dans la présentation qui réalisait la perte – une chance pour l’émotion, mais de l’âpreté pour la vie.

Les hachures dans le film, autant de coupures dans l’annonce du titre, un choc sur les autres. Jamais vu avant tant de fondus en couleur, qui dénotent, avec l’impression de quelques bug de restauration, voulus ou pas, ça rappelle le passé qui peine à s’oublier. Comme un trop de sens, mais sur ce qui faut – et l’étrangeté de ces couples trop parfaits.

Cette drôle de discussion à la fin, quelques phrases lancées – à l’époque, on ne divorçait pas pour un oui ou pour un non – le suicide, c’est sûr que c’est mieux que l divorce, j’ai répondu.

Tomber en rentrant sur la place de celui qui n’aimait pas pique-niquer, drôle de coïncidence.

Trois degrés d’existence de plus: le réel chez Lynch

Une question revient souvent, notamment dans les discussions précieuses et nocturnes avec mon compagnon: Lynch, c’est du réel ? Cette conversation est revenue la semaine dernière, liée à ma lecture actuelle de La Maison des feuilles de Mark Danielewski. À sa parution, l’ouvrage avait été très discuté sur le forum de davidlynch.com, beaucoup d’internautes y voyant le pendant littéraire des films. Pour ma part, j’y vois l’exact opposé. Lire la suite