Dénoncer le sexisme, est-ce tuer l’art ?

Dénoncer les dénonciations de sexisme en art devient une réaction courante, épidermique, depuis les manifestations accompagnant les sorties de Woody Allen ou de Roman Polanski, à l’étude des représentations sexistes au cinéma, nouvellement représentées par l’appel « Balance ton film », jusqu’aux appels à balayer les discriminations dont les femmes sont victimes dans le monde du cinéma. L’étude même des représentations peut se trouver critiquée par ceux et celles qui en sont les professionnel·le·s, comme Laura Kipnis, professeure de cinéma féministe. C’est alors la menace de la censure et du puritanisme qui pèserait sur l’art, la fabrique de l’œuvre et les grands génies, bien souvent aussi des grands hommes, qui se trouve agitée comme un chiffon rouge bien commode – exactement comme #Metoo est accusé d’encourager la délation.

Réduire la question du sexisme au cinéma et, plus généralement, en art, à une question de morale et de censure me semble d’une monumentale mauvaise foi; il s’agit en outre d’une grande réduction d’une question essentielle, celle de l’art, de ses représentations et de son public. La question est d’abord, et avant tout, artistique. Lire la suite

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D’horreur et de musique: le cinéma du réel

Deux genres de films me semblent, non à première vue, mais en y regardant de plus près, étrangement proches: la comédie musicale et le film d’horreur. Ce n’est pas tellement dans leur conjonction en un autre sous-genre, la comédie musicale horrifique, dont le Rocky Horror picture show ou Beetlejuice sont des exemples bien connus, que l’on peut voir les similitudes entre ces deux genres, mais plutôt dans leur traitement de la réalité.

rocky médic Lire la suite

Woody Allen ou la fabrique du connard

Les faits sont connus: Woody Allen est accusé d’agression sexuelle sur sa fille Dylan Farrow. Sans revenir sur cette affaire incontestable, et pourtant contestée, je pense qu’il est nécessaire de se pencher aussi sur la filmographie d’Allen: comme pour Polanski, visionner ses films est en effet assez édifiant. J’ai, avant de partir aux États-Unis, voulu revoir Annie Hall et Manhattan, bien décidée à oublier la vie de l’artiste, pour me concentrer sur l’œuvre. C’est en fait impossible: l’œuvre d’Allen est taillée sur mesure pour le justifier lui-même – phénomène d’ailleurs mis en avant par Willa Paskin pour Louie de Louis C.K. La filmographie d’Allen est bien une vaste machine servant son auteur: elle est la fabrique du connard.

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Halloteen, ou comment Maman, j’ai raté l’avion est un film de Carpenter

Lors d’une conversation amicale sur un de mes derniers articles, Halloqueen, j’en suis venue à une boutade : le véritable remake d’Halloween pourrait bien être Maman, j’ai raté l’avion. Home Alone ou, en français, Maman, j’ai raté l’avion, est un teenmovie à succès sorti en 1990. Cette comédie familiale est calibrée pour devenir un gros succès de Noël, et la chose ne manquera pas : Maman, j’ai raté l’avion est un film incontournable des enfants nés dans les années 1980 et 1990. C’est en m’appuyant sur cette connivence que je savais commune que je fondais tous mes espoirs comiques.

Maman, j’ai raté l’avion, en y repensant, est bien tourné comme un film d’horreur, certes, sur un mode mineur : c’est même bien un remake inavoué d’Halloween.

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Halloqueen : la nuit des féministes

Le film Halloween de John Carpenter a fait date : premier grand slasher états-unien, il a inspiré la vogue de l’horreur des années 1980, sans parler de la longue suite de la série. Halloween semble tout avoir du film de série B : plusieurs plans y sont franchement laids (notamment dans le prologue), les situations peuvent, lors d’un premier visionnage, paraître plutôt clichés – il faut dire qu’elles ont eu des émules. Si le cinéma d’horreur est régulièrement blâmé pour son sexisme et sa complaisance dans l’objectification et le dénudement de ses actrices, les films de Carpenter semblent échapper à ces critiques, ou du moins présenter une certaine ambivalence. Laurie, la protagoniste d’Halloween, est ainsi constamment harcelée par Michael Myers dans les différents opus du film : elle semble être la victime parfaite – sauf qu’elle ne meurt pas. Elle se défend par ailleurs par des moyens que l’on peut considérer comme typiquement féminins, de l’aiguille à tricoter au cintre ou au couteau de cuisine.

Si l’on peut voir dans l’évolution du personnage une forme d’empowerment et d’émancipation, ce n’est pas, à mes yeux, ce qui peut faire d’Halloween un film féministe. C’est plutôt par un biais totalement cinématographique (plus que narratif) : les mouvements de caméra. Lire la suite