Du texte comme une archive

Mes recherches renaniennes comme la situation politique actuelle m’inquiètent particulièrement ces derniers temps. Les hauts taux d’abstention, qui sont une prise de politique claire de refus de la vie politique actuelle bien plus qu’une fainéantise ou un désintérêt, me semblent laisser une vaste marge de manoeuvre à des politiques autoritaires et destructrices – dont la responsabilité ne peut en aucun cas être imputée aux abstentionnistes: ces politiques sont d’abord élaborées par des gens qui dirigent et les orientent, en toute conscience ou du moins en toute bonne foi. L’explosion électorale de la gauche à laquelle nous assistons risque d’éteindre les forces de gauche – ou de mener à des changements radicaux, encore inimaginables. La mauvaise santé de l’ESR, soumise à une pression manageriale certainement néfaste à la vie des idées comme à leur expression – m’inquiète dans le même temps. L’avenir semble des plus incertains ; peut-être nous faut-il croire la dystopie possible.

Je n’ai aucune idée de ce qui fera notre futur politique et institutionnel ; la voyance n’est pas du nombre de mes rares qualités. Je crois cependant, avec mon habituel pessimisme, que les choses se passeront mal – et je juge plus prudent de faire comme si la catastrophe nous guettait.

Que faut-il alors faire à l’intellectuel ou au militant politique engagé dans la production de documents ? À mon avis, produire encore plus de documents, et les rendre lisibles, par un grand nombre de synthèses bibliographiques et un classement. Autrement dit, il s’agit de préparer les archives de l’avenir.

La science comme la politique prennent du temps: nous savons qu’il a fallu de nombreuses années et plusieurs tenta au LKP je pour bloquer la Martinique, que la Révolution française à débuté quelque part dans les années 1780, que le Front populaire a été le fruit d’une mobilisation longue. Il n’y a pas de grand soir: les dates retenues, comme la prise de la Bastille, sont des repères d’historiens largement remis en question: ils ont d’abord une valeur symbolique et mémorielle. Les révolutions scientifiques ne sont pas plus le fruit d’un eureka génial: les querelles d’attribution et de datation le montrent assez. Parce que le travail accumulé, autant en politique qu’en science, est chose précaire, il nous faut maintenant réfléchir à sa transmission _ à nos élèves, mais surtout aux générations d’après qui, éventuellement dans plusieurs siècles, pourront, peut-être, les redécouvrir. Nous méprisons encore trop ce que nous savons, nous pensons comme naturels nos modes de subversion, et nous avons tort de nous croire devenus immortels par nos oeuvres. Il nous faut maintenant bâtir le monde possible qui se relèvera de la fin de notre monde, en lui prouvant qu’un autre est possible.

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